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[Sophro-conte] - Le vilain petit canard ou l'obsession de la norme

On était au milieu de l’été.  Ainsi commence ce conte d’Andersen qui, comme tous les contes, véhicule une profonde sagesse et une leçon de vie.

 

Dans un coin de la ferme, une cane avait établi son nid et couvait ses œufs.  Il lui tardait d’aller elle aussi barboter.  Un matin, elle entendit un premier « pi-pib » suivi de plusieurs autres : ses œufs étaient en train d’éclore et d’adorables petits canetons en sortaient, ressemblant tous, d’une manière étonnante, à leur père.  Mais elle ne pouvait pas encore aller gambader : un seul œuf, le plus gros, restait fermé.

 

Une vieille cane, venue lui rendre visite, l’inspecta et se montra horrifiée : « C’est un œuf de dinde, et ces êtres ont peur de l’eau.  Laissez-le et apprenez aux autres à nager. »  La vieille cane a cette attitude si commune de rejeter les personnes différentes.  Une attitude qui se manifeste dès l’école où le petit garçon ou la petite fille qui ne jouent pas comme les autres, ne sont pas habillés comme eux, n’ont pas les mêmes centres d’intérêt, se retrouvent seuls dans la cour de récréation.  Et qui se perpétue dans le monde adulte avec la mise à l’écart, dans l’open space par exemple, de celui ou celle qui ne rient pas aux mêmes blagues que les autres, ne jouent pas le jeu, osent un avis différent, des désirs singuliers.  Comme le dit Brassens, « les braves gens n’aiment pas que  l’on suive une autre route qu’eux ».

 

La maman cane continua néanmoins à couver son œuf qui, effectivement, finit par crever.  Il en sortit, non pas un délicieux caneton jaune, mais un énorme canard tout gris et pas très beau qu’elle emmena aussitôt à l’eau pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un dindon.  Il plongea, comme ses frères.  Elle le regarda, attendrie : « Il n’est pas si laid lorsqu’on le regarde de près. »  Elle l’aimait déjà, même s’il était différent.

 

Mais la vie en société n’est pas un long fleuve tranquille quand on a des particularités.  Le vieux canard au ruban rouge fut le premier à se moquer : « Quel dommage que vous ne puissiez pas le refaire ! »  Et les autres canards de suivre le meneur pour abonder dans son sens : « Nous n’en voulons pas ! »

Pour sa laideur, le vilain petit canard était mordu, poussé, bafoué, non seulement par les canards mais aussi par les poulets.  La cane était partagée entre amour et pitié : « Je voudrais que tu fusses bien loin mon chéri », lui dit-elle un jour.

 

Alors, le vilain petit canard prit son envol par-dessus la haie.  Mais il était partout dédaigné, mal accueilli.  Il avait l’impression de n’avoir sa place nulle part et il passa un hiver tragique.

 

Il n’espérait plus rien quand, un jour de printemps, il vit trois magnifiques cygnes blancs qui nageaient dans un étang en battant des ailes.  Certain qu’ils allaient le tuer, il baissa la tête et vit alors son reflet dans l’eau : il était un cygne lui aussi !  Le plus beau des cygnes !

 

L’histoire du vilain petit canard nous éclaire sur le fonctionnement de la norme.

La norme ne me voit pas comme je suis, mais comme elle considère que je dois être.  Georges Canguilhem, un philosophe français, l’appelle « la maladie de l’homme normal », l’homme dit immobile parce qu’il refuse tout mouvement qui ne serait pas dans ce qu’il considère être, justement, la norme.  Vu de l’extérieur, cet homme-là semble bien adapté.  Mais au fond de lui, il est dans un profond malaise parce qu’il n’est en rapport avec rien, coupé de toute empathie, coupé de soi.  Car, pour être et rester « dans la norme », peu importe ce que l’on désire, ce que l’on ressent, ce que l’on aime, ce que l’on veut.  D’ailleurs, personne n’interroge le vilain petit canard à ce sujet.  L’essentiel est ce que l’on montre et qui doit ressembler à ce que les autres montrent aussi.  Ou essayent en tout cas de montrer.

 

La norme est une forme de pouvoir invisible qui se rapproche de la barbarie, qui nous écrase pour peu que l’on ne rentre pas dans une case, dans un cadre, que l’on ne réponde pas à des standards.  Hors normes, on est, comme le petit canard, dénié du droit d’exister.  Même si l’on est un cygne.

 

Source : Les princesses ont toujours raison – Fabrice Midal

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